Dimanche 28 mars 2010
La finance au-dessus des lois et des règles par Jean de Maillard chez Gallimard.
L'auteur soutient de façon crédible que la fraude révélée par la récente crise financière n'est pas un épiphénomène mais bien qu'elle est consubstantielle au système financier international.
La globalisation de l'économie a rendu obsolète le système bancaire américain qui n'avait pas su évoluer assez rapidement et qui s'est vu remplacé dans son rôle de fluidificateur des échanges commerciaux et de la production de biens, par des entités financières nouvelles. L'ancien système, complètement encadré, ne pouvait pas jouer au niveau du globe. Les premières victimes ont été les caisses d'épargne américaines, à l'assise purement locale, qui ont subit une réorganisation sauvage qui est allée jusqu'à s'appuyer sur les maffias pour spolier les petits épargnants et créer des entités à la carrure suffisante pour manœuvrer à grande échelle. La fraude, comme moyen de régulation, a commencé alors à s'introduire dans le monde des financiers aidés par le retrait toujours plus grands des états des dispositifs de régulation à la suite les délires éveillés des Thatcher et des Reagan pour qui être libre va jusqu'à la possibilité de tricher. Ce délire s'est propagé, tel une peste, dans l'esprit de très nombreux dirigeants sans idée dont Barroso est un exemple caricatural. L'effondrement du système soviétique et la fin concomitante de la « guerre froide » ont accéléré le mouvement dans les années 90, puisqu'il n'était plus nécessaire d'assurer la paix sociale dans nos pays et les gros ont pu alors allègrement dépouiller impunément les petits.
L'éclatement de la bulle ENRON le 31 octobre 2001 mettait déjà à jour le mécanisme global de l'usage de la fraude comme gouvernance : valorisation artificielle d'actifs, manipulations comptables, produits financiers sophistiqués. La société a créé jusqu'à 3000 filiales hors contrôle, dans des paradis fiscaux et réglementaires, pour pouvoir faire artificiellement monter la valeur boursière de ses actifs, essentiellement du pétrole et du gaz. Ces sociétés permettaient de plus des manipulations comptables en faisant disparaître les pertes de la maison mère et enfin ces manipulations étaient facilité par l'invention de valeurs papier reposant indirectement sur les avoirs permettant de ne pas avoir à manipuler les produits, travail laissé à d'autres sociétés elles aussi dirigées par des hommes de paille corrompus et grassement payés.
Avec les subprimes on passe carrément à l'échelle industrielle. On prête de l'argent à des gens insolvables en s'appuyant sur des sur-évaluations immobilières faites par des experts peu regardants et âpres au gain (manipulations comptables). On mélange dans des portefeuilles ces emprunts pourris avec d'autre emprunts sains (au moins au début), la fameuse titrisation, que l'on vend à des financiers comme les fonds de pension. Mieux, les banques manipulant ces titres s'exemptent de conserver un capital suffisant pour faire face à la banqueroute d'un nombre important des emprunteurs primaires. Pour compenser cette prise de risque, les titres sont assurés par d'autres financiers qui eux-mêmes se couvrent en produisant des titres qui assurent les assurances et qui permettent de trouver toujours plus de petits investisseurs à plumer (instruments financiers sophistiqués). La spéculation sur ces titres permet alors de faire gonfler la valeur des titres originaux (valorisation artificielle d'actifs). Et puis un jour la belle machine s'enraye et patatras le système s'effondre. Mais là, miracle. L'échelle de la pyramide est tel que les gouvernants sans pouvoir se sentent obligés de renflouer les tricheurs pour éviter un effondrement général de l'économie.
Trop fort, les petits investisseurs sont plumés comme il se doit, mais surtout c'est l'argent des contribuables qui est parti par centaines de milliards dans la poche du monde de la finance. Finalement nous avons pris des risques sans le savoir et adulte mon petit fils devra encore produire de la valeur pour rembourser l'arnaque. Bravo !
Au passage, Madoff, avec sa pyramide, n'aura été qu'un petit joueur qui a pu prospérer des dizaines d'années simplement parce que son activité était en ligne avec un système de gouvernance de la finance par la fraude.
Rien ne permet de penser que l'on soit sortis de l'ère Thachter quoi que puisse en dire notre inénarrable Sarkonaparte.
