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L'arnaque

Dimanche 28 mars 2010

La finance au-dessus des lois et des règles par Jean de Maillard chez Gallimard.

L'auteur soutient de façon crédible que la fraude révélée par la récente crise financière n'est pas un épiphénomène mais bien qu'elle est consubstantielle au système financier international.
La globalisation de l'économie a rendu obsolète le système bancaire américain qui n'avait pas su évoluer assez rapidement et qui s'est vu remplacé dans son rôle de fluidificateur des échanges commerciaux et de la production de biens, par des entités financières nouvelles. L'ancien système, complètement encadré, ne pouvait pas jouer au niveau du globe. Les premières victimes ont été les caisses d'épargne américaines, à l'assise purement locale, qui ont subit une réorganisation sauvage qui est allée jusqu'à s'appuyer sur les maffias pour spolier les petits épargnants et créer des entités à la carrure suffisante pour manœuvrer à grande échelle. La fraude, comme moyen de régulation, a commencé alors à s'introduire dans le monde des financiers aidés par le retrait toujours plus grands des états des dispositifs de régulation à la suite les délires éveillés des Thatcher et des Reagan pour qui être libre va jusqu'à la possibilité de tricher. Ce délire s'est propagé, tel une peste, dans l'esprit de très nombreux dirigeants sans idée dont Barroso est un exemple caricatural. L'effondrement du système soviétique et la fin concomitante de la « guerre froide » ont accéléré le mouvement dans les années 90, puisqu'il n'était plus nécessaire d'assurer la paix sociale dans nos pays et les gros ont pu alors allègrement dépouiller impunément les petits.

L'éclatement de la bulle ENRON le 31 octobre 2001 mettait déjà à jour le mécanisme global de l'usage de la fraude comme gouvernance : valorisation artificielle d'actifs, manipulations comptables, produits financiers sophistiqués. La société a créé jusqu'à 3000 filiales hors contrôle, dans des paradis fiscaux et réglementaires, pour pouvoir faire artificiellement monter la valeur boursière de ses actifs, essentiellement du pétrole et du gaz. Ces sociétés permettaient de plus des manipulations comptables en faisant disparaître les pertes de la maison mère et enfin ces manipulations étaient facilité par l'invention de valeurs papier reposant indirectement sur les avoirs permettant de ne pas avoir à manipuler les produits, travail laissé à d'autres sociétés elles aussi dirigées par des hommes de paille corrompus et grassement payés.

Avec les subprimes on passe carrément à l'échelle industrielle. On prête de l'argent à des gens insolvables en s'appuyant sur des sur-évaluations immobilières faites par des experts peu regardants et âpres au gain (manipulations comptables). On mélange dans des portefeuilles ces emprunts pourris avec d'autre emprunts sains (au moins au début), la fameuse titrisation, que l'on vend à des financiers comme les fonds de pension. Mieux, les banques manipulant ces titres s'exemptent de conserver un capital suffisant pour faire face à la banqueroute d'un nombre important des emprunteurs primaires. Pour compenser cette prise de risque, les titres sont assurés par d'autres financiers qui eux-mêmes se couvrent en produisant des titres qui assurent les assurances et qui permettent de trouver toujours plus de petits investisseurs à plumer (instruments financiers sophistiqués). La spéculation sur ces titres permet alors de faire gonfler la valeur des titres originaux (valorisation artificielle d'actifs). Et puis un jour la belle machine s'enraye et patatras le système s'effondre. Mais là, miracle. L'échelle de la pyramide est tel que les gouvernants sans pouvoir se sentent obligés de renflouer les tricheurs pour éviter un effondrement général de l'économie.

Trop fort, les petits investisseurs sont plumés comme il se doit, mais surtout c'est l'argent des contribuables qui est parti par centaines de milliards dans la poche du monde de la finance. Finalement nous avons pris des risques sans le savoir et adulte mon petit fils devra encore produire de la valeur pour rembourser l'arnaque. Bravo !

Au passage, Madoff, avec sa pyramide, n'aura été qu'un petit joueur qui a pu prospérer des dizaines d'années simplement parce que son activité était en ligne avec un système de gouvernance de la finance par la fraude.

Rien ne permet de penser que l'on soit sortis de l'ère Thachter quoi que puisse en dire notre inénarrable Sarkonaparte.

Eifelheim

Jeudi 21 janvier 2010

Eifelheim.jpg
Eifelheim, roman de Michael Flynn.
Il s'agit de science fiction, mais c'est avant tout un roman, une espèce de chronique (lente) de la vie d'un village de Forêt-Noire dans l'arrière pays de Fribourg en Brisgau, la région d'origine de Bastian Hirliman. Ce village est doté d'un curé intellectuel fuyant son passé et qui excelle dans la discussion prescientifique. Il a été l'élève d'Occam (du fameux rasoir) et il a étudié Buridan (du fameux âne) à la Sorbonne. L'histoire se passe au 14e siècle quand le Moyen-Âge commence à s'effriter. Un évènement extraordinaire vient bouleverser la vie de ce village anodin et sans grande importance qui conduira lentement à sa disparition. Parallèlement un historien contemporain enquête sur ce village qui a disparu de la carte et fini par en reconstituer l'histoire ouvrant ainsi la porte à un avenir brillant, grâce à sa compagne qui fait progresser la théorie de la gravitation.

L'érudition de l'auteur sur le mode de pensée de ce Moyen-Âge, que nous avons du mal à percevoir, procure un véritable plaisir de lecture, les textes sur les théories physiques actuelles paraissent plus faibles quand on sort de la lecture de « Not even wrong », mais la teinture est là et forme un acceptable Canada Dry des théories de super gravitation. Le rapprochement n'est pas détonant, il est plutôt apaisant malgré la dureté de certaines scènes, il n'y a pas de réel suspense, le texte est lent.
À lire !

Not even wrong

Dimanche 17 janvier 2009


Not even wrong (même pas faux) de Peter Woit Random House, London 2006

L'auteur est un physicien des particules qui a tourné mathématicien à un moment de sa carrière. Il conteste dans son livre l'intérêt de la théorie des super-cordes. Le problème est d'importance car il s'agit en partie de relier entre elles la théorie quantique qui s'applique à l'échelle de l'atome et la théorie de la relativité qui s'applique à l'échelle des galaxies. D'après l'auteur la théorie des cordes qui est sensée mener à une méthode d'unification des deux physiques, ne permet que la définition d'aspects topologiques d'une véritable théorie sous-jacente et inconnue. Cette théorie inconnue s'intéresse à la grande unification des champs de forces quand les couplages entre particules prennent des valeurs telles qu'aucun traitement perturbatif n'est plus possible.

Le reproche principal fait par l'auteur à la théorie des cordes est de n'en être pas une, c'est à dire d'être un ensemble de concepts et de conjectures qui ne permettent pas de faire de prédiction falsifiable, de reposer sur des arguments d'autorité, d'entraîner dans sa chute des jeunes gens brillants qui aurait peut-être pu faire avancer d'autres champs de la physique.
Cela rappelle aussi la fin de carrière d'Einstein incapable d'assimiler la mécanique quantique et se perdant dans ses espaces géométriques. Cela rappelle De Breuil qui s'est entêté à chercher une théorie à variables cachées parce qu'il n'acceptait pas le caractère probabiliste de la mécanique quantique. Dans ces cas il s'agissait d'individus ou de toutes petites communautés.
On a affaire ici à une large communauté qui semble ne pas percevoir qu'elle est dans un impasse.
Sa culture anglo-saxonne empêche l'auteur d'aller jusqu'au bout de sa démarche qui est de constater que la physique des particules est entrée dans une dérive sectaire. Comme toujours dans ce cas l'apparition d'escrocs est favorisée et il ne manque pas de souligner le pitoyable épisode du passage de thèse des frères Bogdanov ; le mysticisme ne tarde pas non plus à faire son apparition puisque d'une théorie on est passé à une croyance. La théorie des super-cordes est à l'origine du principe anthropique, tautologie qui dit que l'univers est tel qu'il est parce qu'il est le seul ou nous puissions exister et l'observer. Ce principe est lui-même à l'origine du dessein intelligent, concept insidieux utilisé par les créationistes de tout poil et autres défenseurs d'une évolution orientée.
Il y a longtemps que je pense que la cosmologie construite autour de cette théorie est de même nature que les empilements de tortues et d'éléphants évoqués par les babyloniens et qui m'ont tellement interpellés quand j'étais enfant.

Entropie

Mardi 8 décembre 2009
Je continu opiniâtrement ma lecture du livre de Penrose « The new Emperor's mind ». La série de paragraphes sur l'entropie est caractéristique de son immense culture en physique, je ne pense pas cependant qu'elle aide le lecteur à se faire une opinion claire sur le sujet tant toutes les théories et toutes les spéculations sont exposées sans hiérarchie.
L'entropie est une grandeur physique qui mesure le degré de désordre d'un système isolé du monde extérieur. Ce concept a été introduit à la fin du XXe siècle par Boltzman pour établir le principe qui dit : toute transformation que subi un système isolé fait croître son désordre et donc la valeur de son entropie. Un principe, en physique, n'est pas démontré, il donne force de loi à une « croyance ». Ici la croyance, qui repose sur des siècles de tentatives infructueuses, est qu'il n'est pas possible de faire fonctionner un moteur thermique à partir d'une seule source de chaleur (mouvement perpétuel de deuxième espèce). Ce principe permet, de plus, de comprendre pourquoi nous observons que le temps s'écoule toujours vers le futur alors que les lois de la physique sont indépendantes du sens du temps (impressionnant).
Plus jeune je faisait croître des cristaux divers (aluns de métaux, sel de Seignette qu'on trouve au fond des bouteilles de certains vins blancs, sulfate de potassium) en plongeant un germe cristallin dans une solution aqueuse chaude et sursaturée en sel contenue dans un bocal à confiture. En quelques jours, un superbe cristal se développait qui pouvait atteindre une taille de plusieurs centimètres. La présence du cristal était une démonstration directe de la diminution de l'entropie dans le bocal puisque l'ordre y avait augmenté. Un cristal est en effet un ensemble d'atomes répartis périodiquement dans l'espace, donc extrêmement ordonné. ? . Si le bocal avait été un système isolé, rien ne se serait passé. La croissance cristalline dans ce type d'expérience repose sur le refroidissement du bocal car le degré de solubilité dans l'eau de la plupart des sels diminue avec un baisse de température (un excellent contre-exemple est donné par le sel de cuisine). Quand la solution refroidit une partie du sel dissout s'en libère en se déposant sur le germe maintenant ainsi la sursaturation à la valeur que lui impose la température de la solution. Le raisonnement sur l'entropie est le suivant : on a localement, avec le cristal, une forte diminution de l'entropie mais le réchauffement de l'environnement du bocal au cours de son refroidissement, en augmentant l'agitation des molécules de l'air ambiant, augmente son désordre faisant donc croître son entropie. On suppose que l'entropie globale de l'univers a augmentée.
Il va de soi que la vie pose un très gros problème du même ordre étant par essence une mise en ordre très sophistiquée d'atomes et de molécules qui sont à l'origine dans un état désordonné et constitue des poches locales d'entropie décroissante. C'est ce problème que considère Penrose. La question se résumant a essayer de savoir pourquoi l'univers était dans un état de faible entropie au moment du big-bang. La question est d'importance mais je ne crois pas avoir discerné une réponse dans le texte que j'ai lu.
Je voudrais apporter ici une modeste contribution à l'embrouille générale. L'énergie du vide est constituée de tous les demi-photons qui apparaissent dans la quantification de l'énergie des systèmes quantiques. Rien n'interdit à ces demi-photons, avec une probabilité très faible, de se recombiner en véritables photons pour une durée elle-même très courte avant de se scinder en deux autres demi-photons. Le physicien hollandais Casimir a montré dès 1949 que la mer des demi-photons du vide est responsable d'une force très faible qui porte son nom. Deux miroirs plans parallèles situés à très faible distance l'un de l'autre (quelques nanomètres font l'affaire) ne peuvent accommoder entre eux que des photons de longueur d'onde plus petite que le double de la distance entre les deux miroirs. On parle ici, dans l'exemple choisi, de photons X durs, tous les photons de longueur d'onde plus grande sont exclus de l'espace entre les miroirs. C'est cette asymétrie qui ne permet pas aux demi-photons du vide de se recombiner entre les miroirs, tandis que ceux extérieurs sont libres de se réfléchir dessus et donc d'exercer une force. Or Casimir a fait remarquer, dans un article plus récent, que si on pouvait faire travailler cette force on serait en mesure de récupérer de l'énergie du vide ! On pourrait diminuer localement l'entropie à partir du désordre du vide, l'entropie globale de l'univers augmenterait-elle dans ce cas ou bien doit-on dire que le deuxième principe s'applique à la force de Casimir et qu'il n'est pas possible de récupérer de l'énergie du vide ? Voilà, cette page est assez confuse, mais elle rend ainsi assez bien compte de la lecture de Penrose !

Deception point

Dimanche 22 novembre 2009

Deception Point de Dan Brown, l'auteur du Da Vinci Code. Plaisant à lire, mais ne vaut pas un bon Harlan Coben ou une Patricia Cornwell ou encore plus près de chez nous une Claude Izner ou une Claude Vargas.
L'écriture semble mécanique. Cela provient sans doute de ce que le moteur de l'intrigue est la dichotomie, pas d'embranchement complexe. Pas d'intrigue au long cours, on sait dès le début que trois personnages peuvent prétendre au rôle du grand vilain méchant, mais l'auteur sème tout au long de son roman des « indices » et des situations qui font basculer sans cesse notre sentiment à leur égard. La main de l'écrivain est trop visible dans le déroulement pour ne pas gâcher un peu notre plaisir.
Les personnages manquent d'épaisseur psychologique, la dynamique de l'intrigue manque de crédibilité. D'un côté l'auteur utilise les poncifs les plus éculés pour dénigrer les administrations américaines et de l'autre un commando peut acquérir en quelques minutes la capacité de reconnaître une cible nouvelle dans le viseur infra-rouge ou un hélicoptère tombe à pic pour sauver les héros, en pleine nuit bien sûr. La « happy end » est tellement happy que les méchants meurent, que ceux qui meurent chez les héros positifs sont des femmes limite acariâtres (l'auteur aurait-il des comptes à régler ?) ou un personnage décrit en deux lignes.
L'auteur est à l'aise dans la description des armements les plus sophistiqués (mais est-t-il vraiment l'auteur ?), il l'est moins dans les parties scientifiques qui sont truffées d'erreurs grossières (il n'en est peut-être pas non plus l'auteur). Il se régale dans les descriptions de batailles, la bataille sur le glacier Milne, la bataille sur le bateau de Tolland sont des morceaux de bravoure. Rien n'est plausible, mais quel plaisir. On voit l'écriture pour les effets spéciaux pour le cinéma, mais là il ne faut pas bouder son plaisir.
On pourrait ne pas le lire.

Vendredi 13 novembre 2009


« Comment les riches détruisent la planète » petit essai par Hervé Kempf publié aux éditions du Seuil en 2007.
Introduction et démarrage conventionnels et démotivants : encore un texte catastrophiste pour faire du chiffre se dit-on.
La suite redresse complètement cette impression en dressant un constat foisonnant et précis de l'état de notre civilisation mondialisée, dominée par une « caste des loisirs » inculte et complètement dominée par sa soif de possession sans fin de biens matériels. Rien n'est passé sous silence ni le pouvoir exorbitant des pétroliers, le pouvoir de pollution sans contrôle de l'industrie chimique, le cynisme et l'aveuglement des classes au pouvoir. Mettre fin à la sacro-sainte croissance sera-t-il suffisant pour rétablir un ordre social plus juste ? De l'excellent journalisme d'investigation.

Un opuscule à lire absolument.

Can a computer have a mind?

Dimanche 19 juillet 2009
Premier chapitre du bouquin de Roger Penrose « The Emperor's New Mind »*
L'auteur répond négativement à la question « un ordinateur peut-il avoir un esprit ? » en discutant le point de vue des partisans de l'intelligence artificielle. Le livre date de 1989 et la discussion a un petit air surréaliste et suranné.
Les militaires n'ont eu aucune difficulté pendant et après la deuxième guerre mondiale à financer la création des ordinateurs. Par contre lorsque les milieux académiques ont voulu se lancer dans l'aventure il n'en a plus été de même. L'expression « Intelligence Artificielle » (AI en globish), prise à la science-fiction, a été mise en avant pour frapper les esprits et obtenir des crédits, sans qu'il n'y ait dedans cependant autre chose que les travaux des promoteurs. Comme toujours, il s'est trouvé quelqu'un pour saisir l'occasion et, se posant en juge ou en philosophe, faire dire aux mots plus qu'ils ne contiennent - il suffit ici de penser au prince de Galle et à sa sortie sur les nanotechnologies** -. Grey Walter, inventeur de la cybernétique, n'a certainement jamais pensé que ses « tortues », que personne n'a jamais prises pour les animaux du même nom, étaient intelligentes même s'il a employé à leur sujet des expressions anthropomorphes comme, manger, avoir faim, danser. Étudiant j'ai eu la chance de participer au milieu des années soixante à une expérience d'IA sur l'enseignement de la physique assisté par ordinateur à Jussieu***. À l'époque la machine prêtée par la société IBM un 360-30 nécessitait une pièce climatisée et dès qu'une télé venait filmer l'expérience extraordinaire avec ses lampes de studio, la grosse machine, à l'énorme mémoire de quelques dizaines de Ko, tombait en panne. L'interface des 16 salons (booth) accueillant les étudiants était une machine à écrire à boule de la même société (le top de l'époque) et un ou deux salons étaient équipés de passe-diapositives pour animer un peu. Ayant participé à la création du contenu scientifique de cette expérience, je peux témoigner que personne n'a prêté quelqu'intelligence que ce soit à la machine ou à ses logiciels.
Les dérives sémantiques significatives sont souvent le fait d'esprits brillants et enthousiastes. Ainsi, au début des années 80 est apparu le concept de mémoire distribuée, où une information peut être stockée sous la forme d'un changement d'état d'un groupe de nœuds d'un réseau. Cette avancée spectaculaire a fait croire à certains beaux esprits qu'on avait enfin compris le mode de fonctionnement du cerveau ce qui, même à l'époque, ne pouvait pas être pris au sérieux. Ainsi le croyait mon ami Michel Duguay éminent chercheur en optique non-linéaire, qui le croyait d'autant plus facilement que cette approche a permis de réaliser des logiciels capables d'« apprentissage », c'est-à-dire capables de s'automodifier à travers un processus d'essais et d'erreurs. Il n'en est rien, bien sûr, même si le cerveau est un réseau de nœuds (les neurones) et même si les études d'imagerie magnétique ont montré que nos actions d'actuation ou de cognition activent des aires spécifiques du cerveau. Il ne faut jamais pousser à l'absurde les analogies. Le cerveau a très certainement de nombreux modes de fonctionnement, encore à découvrir, mis en œuvre dynamiquement.
- Il semble dans la nature humaine d'explorer toutes les conséquences d'une idée. Les Grecs ont montré le chemin et cela est probablement nécessaire car c'est souvent sur des chemins de traverse de la pensée que se trouvent de grandes idées créatrices.
- La philosophie est une activité d'exploration des idées qui fait usage du corps des travaux des générations précédentes pour élargir et approfondir sans cesse ses connaissances. Le Siècle des Lumières est une merveilleuse illustration de ce processus. Quand elle s'intéresse à la science, la philosophie est toujours en retard d'une compréhension. On enseigne toujours le paradoxe de Zenon d'Achille et la tortue où Achille ne peut pas rattraper la tortue à la course parce qu'une suite infinie d'intervalles les sépare. Cette difficulté conceptuelle a été résolue pas à pas par des penseurs allant de Buridan à Cauchy qui ont abouti à la notion de limite d'une suite. Mais les philosophes ne sont pas au courant.
- Le langage formel du scientifique utilise les mathématiques, tandis que le langage formel du philosophe est la langue. Tandis que le scientifique utilise les mots dans un sens allégorique pour simplifier sa description du monde - ainsi un microscopiste dira des objets qu'il étudie qu'il les voit avec son microscope pour éviter de répéter sans cesse la description du processus optique qui amène une image sur sa rétine - le philosophe les prend dans leur sens formel. Cela entraîne, incompréhension, confusion et difficultés de communication et pour finir confusion des idées. Les scientifiques continuant d'utiliser des mots et des expressions fleuries ou poétiques pour décrire l'objet de leur étude, les analyses vaines ont encore de beaux jours devant elles. Combien de litres d'encre l'utilisation actuelle du mot « téléportation » pour décrire un phénomène quantique complexe de non-localisation va-t-il faire couler ? Et pendant combien de temps ?

Ce long texte ne nous a que peu éloigné du chapitre de Penrose qui me l'a inspiré. Il faut porter un grand nom pour pouvoir enfoncer des portes ouvertes et faire prendre conscience au monde qu'elles n'étaient pas fermées. Pour revenir plus précisément au chapitre sur l'absence d'esprit des ordinateurs, il manque dans les analyses des argumentaires des tenants de la pensée mécanique une vision du caractère dynamique des processus utilisés, calculs et procédures. Ce fait est apparent dans les discussions sur les machines de Turing où je ne crois pas du tout qu'on puisse tenir pour équivalentes des machines qui ne manipulent pas le temps de la même manière (je ne parle évidemment pas de vitesse de processeur) et il est encore plus apparent dans les discussions sur le télétransport (à la Spok). Les signaux ont une phase, les fonctions d'onde aussi, leurs superpositions dépendent de leur relation de phase. On ne peut pas éliminer le temps. Toutes ces discussions n'ont dès lors qu'un intérêt formel (et Penrose explique très simplement des concepts compliqués). Un intérêt philosophique ?

* sous-titre : « concerning computers, minds, and the laws of physics ». Oxford University Press, 1989
** « Independant on Sunday », 11 juillet 2004.
*** Université Paris 7, laboratoire OPE (Ordinateur Pour Étudiant), Professeur Le Corre. Josiane Tatin « Réflexions sur sept ans d'utilisation d'enseignement assisté par ordinateur ». Revue Française de pédagogie 87, 45-49 (1989)

Mardi 23 juin 2009

Energia per l'astronave terra, (Énergie pour l'astronef Terre) par Nicola Armaroli, Vincenzo Balzani.
Très bon petit livre qui traite de la consommation d'énergie et de ses sources.
Le constat central est que l'augmentation de la consommation est concomitante de l'augmentation de la complexité de notre civilisation. Que peut-on dire de sérieux sur cette augmentation de l'énergie ?
Energia per l'astronave terra-image.jpg
En bons enseignants du supérieur (on dirait academics en euroglish) le livre démarre sur les principes de la thermodynamique, en montrant à travers de nombreux exemples du quotidien, les multiples transformations de l'énergie. J'ai trouvé cette partie un peu trop académique, elle risque de décourager les lecteurs. Il en ressort tout de même que l'énergie se conserve et qu'elle ne fait que se transformer pour finir sous la forme dégradée de chaleur. On retiendra qu'une bonne source d'énergie doit être dense ( le plus possible d'énergie dans le plus petit volume possible), facile à transporter, facile à stocker. Il est de fait que les dérivés liquides du pétrole réunissent toutes les qualités et qu'il ne leur a pas encore été trouvé de concurrent sérieux.
La première partie de ce petit opuscule est, de loin, la plus intéressante. Elle traite de manière très complète des énergies fossiles : charbon, pétrole, gaz. Voilà une source de données bienvenue qui permettra de nombreuses analyses. On en retiendra l'idée bien connue, mais qu'il faut faire partager au plus grand nombre, que les énergies fossiles sont en quantité finie. En conséquence, il faut réfléchir à des sources d'énergie de substitution qui soient si possible renouvelables.

Les chapitres suivant traitent des solutions possibles. Le résultat le plus clair est l'inexistence d'une solution globale qui posséde les avantages du pétrole. Il ne pourra y avoir qu'une superposition de solutions adaptées à différents problèmes. Reflétant les choix politiques de l'Italie qui n'a pas d'énergie nucléaire et dont l'économie énergétique repose sur l'hydroélectricité des Alpes, le nucléaire est expédié en quelques pages sans intérêt. Dommage. Le nucléaire produit des déchets dangereux de longues durée, la production d'une centrale ne permet pas de faire face aux pics de consommation. On peut contester ces affirmations. En France, la quantité de déchets radioactifs produite est réduite par la réutilisation du plutonium dans le combustble MOX et la production des centrales peut être modulée en fonction de la demande (on lira avec intérêt les deux textes [1], [2], publiés par l'organisation indépendante SLC sauvons le climat). Sans surprise rien n'est dit sur l'hydroélectricité au fil de l'eau qui est l'éternelle oubliée. La seule critique de l'éolien est son bruit bien que celui-ci soit en constante diminution. Rien de bien important sur la société de l'hydrogène non plus. On aimerait un jour que quelqu'un s'intéresse à qui investit dans quoi. On y verrait que les pétroliers financent en partie les recherches sur l'hydrogène, que de grandes multinationales comme Suez investissent dans l'éolien.
Le morceau de choix final concerne l'énergie solaire. L'intérêt de cette partie est indéniable. Le point central est que la constante solaire qui mesure la puissance reçue par une surface de 1 m2 perpendiculaire aux rayons du soleil à la surface de l'atmosphère terrestre. La grande valeur de cette constante ~1340 W/m2 fait croire aux auteurs que cette énergie est la solution universelle des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Je respecte leur point de vue, mais sauf à l'utiliser sous forme chimique, elle ne possède aucune des trois qualités requises plus haut. Il est intéressant de noter que l'affirmation d'un retour sur investissement énergétique de 2 à 3 ans pour le photovoltaïque est corroboré par les données qu'on peut trouver dans : Practical Handbook of Photovoltaics par T. Markvart, Luis Castañer. Voilà une bonne nouvelle. L'énergie solaire est très certainement une énergie à développer dans le futur.

Voilà, j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce petit livre en italien, tous les francophones ayant des connaissances de base en physique n'auront aucune difficulté à le lire. Pour élargir son audience il faut espérer qu'une traduction en Français puisse voir le jour.

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